Isidore Isou (1925-2007) est un poète, peintre, réalisateur, dramaturge, économiste et essayiste prolifique. En 1945, ce théoricien des arts a élaboré le lettrisme, un mouvement culturel qui, délaissant le sens des mots, privilégie la musicalité des lettres – Guy Debord fut un temps son disciple. Le Centre Pompidou et la galerie Patrice Trigano rendent hommage par deux expositions à cet artiste avant-gardiste.

Isidore Isou est né Isidore Isou Goldstein le 29 janvier 1925, dans une famille juive, à Botoșani (Roumanie).
Enfant et adolescent surdoué, il lit des ouvrages majeurs de la littérature mondiale.
Durant la Deuxième Guerre mondiale, il découvre en 1942 le lettrisme grâce à une… erreur de traduction. Il se lie d’amitié avec Serge Moscovici, qui apprend notamment par lui la langue française. Tous deux co-fondent « Da » [« Oui »], revue d’art et de littérature éditée fin 1944 et vite interdite par la censure.
« Un monde entier à conquérir »
En août 1945, après avoir fui la Roumanie et traversé une partie de l’Europe dévastée par la guerre, ils arrivent en France. Isidore Isou s’installe dans le quartier parisien de Saint-Germain-des-Près. Dans ses bagages : ses premiers écrits sur le lettrisme.A Paris, Isidore Isou fait la connaissance d’auteurs célèbres : Pierre Albert-Birot, André Gide, Tristan Tzara ou André Breton.
8 janvier 1946. Isidore Isou et le poète et peintre Gabriel Pomerand organisent la première manifestation lettriste, qui fédèrera autour d’Isou un groupe. Souhaitant publier son œuvre manifeste, Introduction à une nouvelle poésie et à une nouvelle musique, Isidore Isou s’attache le soutien de Raymond Queneau et de Jean Paulhan, et le livre est publié en avril 1947 par la prestigieuse Nouvelle Revue française (NRF). Après un scandale au Théâtre du Vieux-Colombier, lors d'une représentation d'une pièce de Tristan Tzara, Gaston Gallimard donne son accord pour publier, en octobre 1947, un roman sous la forme de « mémoires », L'Agrégation d'un Nom et d'un Messie. Dans sa revue Critique, Georges Bataille le critique ainsi : « La vie du jeune Isou est celle de tout adolescent pourri de littérature (et d'innombrables connaissances), mais projeté à travers le monde par une impudence qui bouscule — et veut bousculer : Isou est infiniment grossier, sans mœurs et sans raison. »

En 1954, au Théâtre de Poche Montparnasse, Jacques Polieri met en scène La Marche des jongleurs, une des premières pièces d’Isidore Isou.
Celui-ci assure l’animation du groupe lettriste au Salon Comparaisons, et devient l’ami des peintres Andrée Bordeaux-Le Pecq, Rodolphe Caillaux et Maurice Boitel.
Des années 1950 aux années 1990, Isidore Isou crée des centaines d’œuvres plastiques : série de toiles Les Nombres (1952), objets de « méca-esthétique » (1960-1962) qui « furent reconstitués en 1987 sous l'impulsion d’Éric Fabre, mécène et collectionneur, lors d'une rétrospective de l'artiste », œuvres excoordistes (1991) fondées « sur les extensions et les coordinations de formes concrètes, imaginaires, ou inimaginables ».
Dans les années 1980, Isidore Isou obtient la naturalisation française.
La fin de sa vie est réduite par son handicap.
Isidore Isou meurt à Paris le 28 juillet 2007. Il est incinéré.
La galerie Patrice Trigano s’intéresse au peintre Isidore Isou fondateur du lettrisme. « Le mouvement lettriste avait à l’origine vocation à effectuer une fusion de tous les alphabets en y ajoutant des signes inventés de façon à propulser le langage vers des horizons nouveaux. Dans l’aventure du lettrisme, Isidore Isou collabora dès le départ avec un certain nombre d’artistes et en particulier avec Maurice Lemaître, Gabriel Pomerand, François Dufrêne… »

« Avec le soutien de Jean Cocteau et de Jean Paulhan, Isou est publié à La Nouvelle Revue française en 1947. Son essai théorique, Introduction à une nouvelle poésie et à une nouvelle musique, jette les fondements du lettrisme : Isou y décrit la phase de décomposition dans laquelle la poésie est entrée depuis Baudelaire et déclare l’avènement de la lettre, stade ultime de ce processus de purification. La lettre, et plus généralement le signe, constitueront pour lui le socle possible d’un renouvellement total des arts. »
« Graphomane sans limites, Isou rédige plusieurs centaines d’ouvrages témoignant de l’extension de sa réflexion à d’autres disciplines : arts plastiques, architecture, politique, économie, mathématiques, médecine, psychologie ou érotologie seront étudiées à l’aune de la « kladologie », méthode d’invention applicable à l’ensemble des branches de la culture. En 1976, ses recherches sont synthétisées dans une titanesque somme théorique, La Créatique ou la Novatique. »
Isou « s’entoure tout au long de sa vie de compagnons de route aux côtés desquels il mettra à l’épreuve ses idées et produira une œuvre plastique conséquente. Certains, comme Maurice Lemaître, resteront longtemps proches de lui et joueront un rôle déterminant dans les réalisations du lettrisme. D’autres passeront de façon plus fulgurante à travers le mouvement, en en tirant de précieux enseignements, à l’instar de Guy Debord ».
« Car les concepts inventés par Isou sont nombreux et souvent précurseurs : il annonce indubitablement par son œuvre et sa pensée certaines grandes inflexions de l’histoire de l’art. L’« hypergraphie », la « méca-esthétique », l’« art infinitésimal » ou le « cadre supertemporel » correspondent ainsi à des pratiques essentielles dans l’art de la seconde moitié du 20e siècle ».
« La prescience d’Isou se manifeste également dans d’autres domaines : la place cruciale qu’il accorde à la jeunesse dans sa théorie politique trouvera un écho certain dans la pensée situationniste comme dans les revendications de mai 1968 ».
« Construite autour des archives récemment acquises par le Centre Pompidou, l’exposition tente de rendre compte de la richesse de cette œuvre résolument hors norme. »
« Les débuts fracassants du lettrisme, en janvier 1946, font connaître Isidore Isou du monde intellectuel parisien. À l’instar de dada, le groupe lettriste provoque le scandale lors de multiples irruptions, conférences et récitals orchestrés dans des lieux-cultes de Saint-Germain-des-Prés. En 1947, soutenu par Raymond Queneau et Jean Paulhan, Isou publie l’Introduction à une nouvelle poésie et à une nouvelle musique. Il y observe l’existence de deux phases dans l’histoire de la poésie : une phase amplique, caractérisée par le perfectionnement des moyens de représentation du réel, précède une phase ciselante, qui voit la poésie se retourner vers ses matériaux essentiels. La lettre, stade ultime de ce processus de décomposition, constitue pour Isou le socle d’un possible renouvellement. Elle donne naissance à la radicalité d’une poésie sonore engageant le corps, ainsi qu’à de premiers « dessins lettristes » attestant une porosité fondatrice entre médiums. De fait, Isou applique sa « loi des deux hypostases » aux autres disciplines artistiques et s’attache à précipiter les moins « évoluées » d’entre elles – le cinéma, la photographie, le théâtre ou le ballet - dans la phase ».
« Arrivée au terme de la phase de décomposition, chaque discipline artistique doit à nouveau entrer dans une phase amplique et découvrir de « nouvelles beautés ». Théorisée par Isou en 1950, l’hypergraphie repose sur la création et le développement de systèmes de signes organisés – alphabets, idéogrammes ou pictogrammes. Pratiquée par Gabriel Pomerand dès 1949, elle est mise à l’épreuve par Isidore Isou et Maurice Lemaître l’année suivante. Les romans hypergraphiques imposent à leur public une nouvelle appréhension du langage. Des chaînes de signes mixtes, partiellement ou totalement inventés, coupent la possibilité d’une lecture conventionnelle et appellent au déchiffrement, par exemple sur le mode du rébus. Dans ce principe de transgression des régimes notationnels en faveur d’un « système intégral de communication », la page imprimée se charge d’une valeur plastique avec l’apparition à sa surface de signes graphiques. À l’inverse, la peinture acquiert une valeur linguistique, exigeant d’être lue autant que vue ».

« Tout au long de sa vie, Isidore Isou ne cesse de développer le système théorique dont il a posé les bases en 1947. Partant du principe qu’« un apport inédit doit être nommé d’une façon inédite », Isou invente autant de noms que de concepts. La dimension ésotérique de ces néologismes souvent empruntés au grec ancien masque largement la contemporanéité de la pensée d’Isou. Ainsi, en 1956, l’« art infinitésimal » intègre la possibilité de signes « virtuels », c’est-à-dire d’oeuvres dématérialisées obtenues à partir de notations. Dérivant de l’« art infinitésimal », le « cadre supertemporel » permet au spectateur une participation infinie à la création de l’oeuvre, au sein d’un cadre défini préalablement par l’artiste. Quatre ans plus tard, en 1960, la « méca-esthétique » pousse à son paroxysme l’héritage du readymade en proposant l’utilisation extensive des « ressources » physiques ou imaginaires à disposition de l’artiste, afin de créer de nouvelles « combinaisons » plastiques ».
Du 7 mars au 4 mai 2019. Vernissage le 7 mars 2019 de 18 h à 21 h
A la Galerie Patrice Trigano
4 bis, rue des Beaux-arts. 75006 PARIS
Tél.: 33 (0)1 46 34 15 01
Du mardi au samedi de 10 h à 13 h et de 14 h 30 à 18 h 30
Visuels d'Isidore Isou :
1978, huile sur toile
1988, huile sur toile
1986, huile sur toile
circa 1986, encre et aquarelle
Du 6 mars 2019 au 20 mai 2019
Musée - Niveau 4 - Galerie du Musée
75191 Paris cedex 04
Tél. : + 33 1 44 78 12 33
De 11 h à 21 h
Visuels d'Isidore Isou :
Traité de bave et d’éternité
1951
Film cinématographique 35 mm
noir et blanc, sonore, 123’25
durée 123’25”
Collection Centre Pompidou, Paris
Musée national d’art moderne
Centre de création industrielle
© Adagp, Paris 2019
© Centre Pompidou, MNAM-CCI
Georges Meguerditchian/Dist. RMN-GP
Les Nombres, n° XXI
1952
Huile sur toile, 65 x 54 cm
Centre Pompidou, Musée national d'art moderne, Paris
© Adagp, Paris 2019
Ph© Centre Pompidou, Philippe Migeat
Réseau centré M67
1961
Huile sur toile, 73 x 60 cm
Collection Centre Pompidou, Paris
Musée national d’art moderne
Centre de création industrielle
© Adagp, Paris 2019
© Centre Pompidou, MNAM-CCI
Georges Meguerditchian/Dist. RMN-GP
Les Équations de l’érotologie mathématique et la Carte du passionnel
détail, dans Je vous apprendrai l’amour, suivi de L’Érotologie mathématique et infinitésimale
Paris, Le Terrain vague, 1957
Imprimé recto-verso sur papier bleu clair, plié en huit, 39 x 55 cm
Archives Anne-Catherine Caron
© Adagp, Paris 2019
© Roland Sabatier
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Les citations proviennent des communiqués de presse.
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